La retraite et la Génération Z : « On paie, mais on n’y croit pas »

70 % des jeunes Français, aujourd’hui dans la vingtaine ou la trentaine, ne croient plus en la promesse d’une retraite comme leurs parents l’ont connue. Ce chiffre révèle une défiance qui dépasse les simples réformes : c’est toute une génération qui se sent étrangère à un système qu’elle perçoit comme dépassé. Mais pourquoi ce sentiment, et surtout, quelles options s’offrent à eux pour préparer leur avenir ?

Un système qui peine à s’adapter

Le modèle de retraite par répartition, qui repose sur la solidarité entre générations, a longtemps fait la fierté de la France. Les actifs cotisent pour financer les pensions des retraités, dans un cercle vertueux. Mais aujourd’hui, ce cercle s’effrite. Pourquoi ? Parce que les fondations démographiques ne sont plus les mêmes. Dans les années 1960, il y avait 4 actifs pour chaque retraité. En 2024, ce ratio est tombé à 1,7. L’espérance de vie augmente, ce qui est une excellente nouvelle, mais cela prolonge aussi la durée de versement des pensions.

Les réformes récentes, comme le report de l’âge légal à 64 ans ou l’allongement de la durée de cotisation à 43 ans, tentent de stabiliser le système. Mais elles donnent aussi l’impression aux jeunes qu’ils cotisent pour un avenir dont ils ne profiteront pas.

Pourquoi les jeunes décrochent

Pour beaucoup de jeunes, le système actuel apparaît comme un contrat déséquilibré. Ils commencent leur carrière avec des salaires souvent modestes, des contrats précaires et des périodes de chômage. Valider leurs trimestres devient donc compliqué, et ils ont le sentiment d’être les grands perdants d’un jeu dont les règles ne sont pas faites pour eux.

À cela s’ajoute une pression fiscale importante. En France, les prélèvements obligatoires atteignent 45,1 % du PIB, un record en Europe. Ce poids sur les épaules des jeunes actifs réduit leur capacité à épargner ou à se projeter. Quand on jongle entre loyers élevés et fiscalité écrasante, penser à la retraite peut sembler un luxe.

Et ailleurs, comment ça se passe ?

Dans d’autres pays européens, les jeunes font face aux mêmes défis démographiques, mais avec des approches parfois plus adaptées. En Suisse, par exemple, le système repose sur trois piliers : répartition, capitalisation obligatoire et épargne privée. Cela diversifie les sources de revenus et offre une sécurité supplémentaire. Aux Pays-Bas, le modèle combine une pension universelle financée par l’impôt et des cotisations professionnelles obligatoires, avec un taux de remplacement des revenus souvent supérieur à 80 %.

L’Allemagne, elle, mise sur un système mixte avec des incitations à épargner pour sa propre retraite. Même l’Espagne, qui partage avec la France un système basé sur la répartition, a adopté une approche plus progressive des réformes, évitant de brusquer les générations les plus jeunes.

Enfin, le Royaume-Uni privilégie l’épargne privée. La pension publique y est modeste, mais les Britanniques sont fortement incités à investir dans des plans d’épargne retraite.

Pourquoi cela nous concerne tous

Ce désamour de la Génération Z pour le système de retraite n’est pas qu’une question générationnelle. Il soulève des enjeux majeurs pour la société française. L’un des effets les plus visibles est la fuite des cerveaux. Chaque année, des milliers de jeunes diplômés partent s’installer dans des pays voisins, attirés par des opportunités professionnelles et fiscales plus intéressantes. En 2021, la France a enregistré un solde migratoire négatif parmi les talents scientifiques et technologiques.

Ce phénomène a des conséquences économiques directes : moins de cotisations, moins de dynamisme sur le marché de l’emploi, et une perte de compétitivité. Par ailleurs, l’érosion de la confiance entre générations fragilise notre cohésion sociale. Si les jeunes se détournent du système, c’est toute la solidarité intergénérationnelle qui risque d’en pâtir.

Et si rien ne change ?

Si la situation reste inchangée, le scénario pour les prochaines décennies n’est pas réjouissant. Les inégalités risquent de se creuser, avec des retraités qui s’en sortent grâce à leur épargne privée et d’autres qui peinent à joindre les deux bouts. Les jeunes actifs pourraient continuer à chercher des opportunités à l’étranger, accentuant la fuite des talents. Enfin, le modèle de retraite par répartition pourrait perdre sa légitimité, ce qui compliquerait encore les réformes futures.

Des pistes pour reprendre la main

Face à ce constat, les jeunes ont plusieurs options pour préparer leur avenir, même si cela demande une certaine anticipation. S’expatrier, par exemple, peut offrir des conditions plus avantageuses dans des pays comme la Suisse ou les Pays-Bas. Investir dans des produits d’épargne retraite, l’immobilier ou les placements financiers peut aussi permettre de diversifier ses sources de revenus pour la retraite.

Mais au-delà des choix individuels, il est urgent d’ouvrir le débat sur l’avenir du système. Introduire plus de flexibilité, comme dans les modèles suisses ou néerlandais, pourrait redonner confiance aux jeunes. Il faut également repenser la fiscalité pour alléger le poids sur les épaules des nouveaux actifs et encourager l’épargne privée.

Construire un avenir commun

La question de la retraite ne peut pas se réduire à un affrontement entre générations. Il s’agit de repenser un modèle qui soit à la fois juste et durable, pour que chacun, jeune ou moins jeune, puisse se projeter sereinement dans l’avenir. La Génération Z n’a pas tourné le dos à la solidarité, mais elle attend des réponses adaptées à son époque. C’est un défi collectif, et il est encore temps d’y répondre.

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